Le Chant du Cygne (éclosion)

C’est officiel : tous les papiers sont signés, Le Chant du Cygne existe.

Profitons de cette naissance pour répondre à un certain nombre de questions que personne ne se pose encore. Qu’est-ce ? Pourquoi ? Comment ? Encore pourquoi ?
Un premier point, fondateur : Le Chant du Cygne est un projet artistique. Il s’agit d’une profession de foi moins évidente qu’elle n’y parait. En pratique, le travail d’un éditeur est de vendre des œuvres. C’est un marchand. Bien entendu, il existe des marchands de toute sorte, allant de la multinationale sans visage et sans cœur au commerce équitable.

La mort du risque

L’une des observations ayant conduit à la création du Chant du Cygne est que le monde du livre va mal. Cela fait quelques années que l’on voit des distributeurs s’effondrer, emportant dans leur sillage les maisons d’édition modestes, tandis que les petites structures périclitent dans une indifférence relative. La fermeture forcée des librairies en 2020 a ajouté de la pression sur un secteur déjà sous tension. Quel est donc le sens de fonder une nouvelle structure dans ce contexte économique ? Il ne peut se trouver que dans un changement de paradigme.

Prenons un instant pour étudier l’écosystème. Les marchands qui ne s’y trouvaient pas déjà passent d’un objectif de maximisation des profits à une dynamique de survie. L’impact sur la sélection des œuvres est direct : elles doivent plaire. En 2019, Martin Scorcese observait (dans une interview qui mérite d’être lue en intégralité), à propos de l’industrie du cinéma qu’elle s’était transformée pour répondre à des demandes précises dictées par les études de marché. Que le risque n’y avait plus sa place.

Notre constat est le même : quelque part dans notre histoire récente, le divertissement a absorbé l’art. Il ne fait aucun doute que la pression économique accentuée sur les acteurs du marché provoque une accélération du phénomène.

Capital artistique

Un esprit entrepreneurial pourrait en déduire qu’une niche est en train de se créer ; qu’il existe un appétit culturel insatisfait à exploiter. Cette démarche, quoique rationnelle, jouerait encore le jeu du capitalisme. Combien de temps peut-on conjuguer une démarche artistique et un impératif de viabilité financière ? Peut-on seulement qualifier d’art un travail qui existe autrement que pour lui-même ?

Le Chant du Cygne est une aventure punk. Son seul objectif est de générer de la contre-culture, se montrer iconoclaste, faire exister par et pour elle-même une création qui n’a pas sa place sur un marché. Se libérer de la contrainte financière ouvre de nouvelles voies, pas seulement artistiques mais aussi dans la relation au public (et si le prix des livres dépendait des revenus de l’acheteur ?).

Le Cygne doit rire, déranger, écrire, agacer, émouvoir, chuter, pleurer, chanter. Il doit transformer tout ce qu’il touche. Il doit briller fort, longtemps ou pas. Maybe future. On s’en fiche.
L’important est d’exister, pour tous ceux qui n’y parviennent pas.

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